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Pour résumer ce roman, j'utiliserai deux citations de l'auteur, qui, il me semble, synthétisent parfaitement ce qu'Orwell a voulu faire passer :
"Quant à moi, si je décris la faune du quartier, ce n'est pas pour présenter des phénomènes de foire mais parce que tous ces gens font partie de mon histoire."
"VoilĂ  le monde qui vous attend si vous vous retrouvez un jour sans le sou".

Ce roman est la preuve la plus vraie de l'honnêteté journalistique et intellectuelle d'Orwell. En effet, l'auteur ne s'est pas contenté de faire un reportage sur la misère, il l'a vécue au quotidien. Voilà ce qui procure une telle authenticité à ce roman; Orwell ne se pose pas en journaliste distant venant poser quelques questions, il ne soumet pas ses compagnons à des interrogatoires impersonnels comme le ferait un journaliste peu scrupuleux. C'est davantage comme sociologue qu'il opère, décortique et analyse son sujet (et non pas ses sujets). "Je n'adopte pas ici l'attitude de creuse révolte du fainéant, j'essaie simplement de considérer la vie du plongeur sous l'angle de sa signification sociale". Dès ses premiers écrits, Orwell fait preuve d'une grande maturité intellectuelle. Son objectif n'est pas seulement descriptif; il affirme déjà les intentions politiques, qu'il développera dans le reste de ses oeuvres. Il mène dans cet ouvrage un important combat contre les idées recues, il passe successivement en revue les détails de la vie de ces hommes de la rue. L'argot, les petits boulots et leurs rémunérations, les asiles de nuit... Orwell porte un attachement respectueux à ces détails qui font le quotidien de la vie de chacune des personnes qu'il a rencontrées.


Les vagabonds entretiennent entre eux un langage qui leur est propre, les expressions utilisées ne le sont que parce qu'elles ne sont compréhensibles que par eux, à travers ces mots ils se créent une réalité exclusive. Certains mots possèdent une valeur "magique"; les insultes par exemple, ne portent plus en elles leur sens d'origine, mais se détachent de celui-ci pour n'avoir plus qu'un effet choquant, vide de signification. Ce besoin d'avoir un dialecte propre est tel, qu'une

 

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fois répandus dans le langage courant, les mots utilisés par les vagabonds sont délaissés et remplacés.
Les asiles de nuit sont décrits avec un grand souci du détail; Orwell raconte les conditions difficiles dans lesquelles les hommes dorment, les lois anglaises qui régissent l'organisation des ces asiles, tout en contraignant les mendiants au vagabondage.
Les relations qu'Orwell crée pendant ces années évolueront rapidement vers des sentiments plus forts de respect et d'amitié. Orwell écrira plus tard qu'il aurait aimé connaitre "plus intimement" certaines des personnes qu'il rencontra à cette époque.     C'est donc avec un réel attachement qu'Orwell décrit ce monde marginal. Cette marginalité, dont Orwell, décrira, toute sa vie, les innombrables facettes, toujours avec un grand respect.
Lecture qui pousse à réfléchir, à penser différemment, à voir autrement...

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