L'oeuvre de George Orwell

en préparation

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Apr√®s une s√©rie de proc√®s tr√®s couteux, Mr Jones d√©laisse peu √† peu sa ferme. Ses ouvriers agricoles, peu z√©l√©s, profitent des absences r√©p√©t√©es de Mr Jones pour abandonner leurs t√Ęches. La "ferme du manoir" sombre rapidement. Les champs ne sont plus labour√©s, les animaux manquent de nourriture, les vaches ne sont plus traites...
Jusque-là, simples spectateurs impuissants, les animaux, sous la direction de Sage l'Ancien, un vieux cochon respecté, fomentent une révolte. Un soir, rentrant ivre comme à l'accoutumée, Mr Jones s'attaque au poulailler. La réaction ne se fait pas attendre; de concert, les animaux de la ferme chassent Mr Jones.
Une cohésion est rapidement trouvée pour faire repartir la ferme, désormais appelée "ferme des animaux". Les cochons, considérés comme les plus intelligents des animaux, s'occupent d'organiser et de distribuer le travail aux autres animaux. Un règlement est établi et inscrit sur le mur de la ferme.
Mais les rivalit√©s entre cochons ne tardent pas √† appara√ģtre. Des m√©sententes se cr√©ent entre Napol√©on et Boule de Neige, les deux cochons les plus influents. La disparition inexpliqu√©e de Boule de Neige va r√©tablir un peu d'ordre et de discipline dans la ferme; il semble, en effet, que quelques r√®gles doivent √™tre pr√©cis√©es....

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Ce jour là, une pensée furtive traversa l'esprit de George Bowling. Cela aurait été une journée comme il en existe des centaines; une de plus si George n'avait pas eu cette idée : retourner sur les lieux de son enfance, fuir pendant une semaine, une simple petite semaine, quitter quelques jours ce quotidien cloisonnant, ces enfants qui sont les siens, sa femme, ces journées de travail redondantes. Ne serait-ce pas une merveilleuse chose que de revoir Binfield-le-Bas, les rues de sa jeunesse, le magasin de ses parents, l'étang aux poissons, la pêche.... oui, la pêche. Retrouver ce calme, cette quiétude d'avant, d'avant la guerre... Car les choses ont changé depuis, les choses étaient bien différentes avant 1914.

La guerre civile espagnole √† laquelle Orwell participa en 1937 marque un point d√©cisif de la trajectoire de l'√©crivain. Engag√© dans les milices du POUM (Parti Ouvrier d'Unification Marxiste), parti trotskiste regroupant des volontaires √©trangers, Orwell d√©couvre la Catalogne au moment o√Ļ le souffle r√©volutionnaire abolit toutes les barri√®res de classe. La mise hors la loi du POUM par les communistes lui fera prendre en horreur le "jeu politique" des m√©thodes Staliniennes qui exigeaient le sacrifice de l'honneur au souci de l'efficacit√©. Son t√©moignage, au travers des pages parfois lyriques et toujours bouleversantes, a l'accent m√™me de v√©rit√©. A la fois reportage et r√©flexion, ce livre reste, aujourd'hui, comme hier, un v√©ritable br√©viaire de libert√©.

¬†¬† Peu avant d'aller prendre part √† la guerre civile espagnole, Orwell fait un reportage au coeur du pays minier anglais, o√Ļ se trouve Wigan. Ce d√©cor de terrils, de montagnes de boue, de cendres et de suie symbolisant la laideur de la grande industrie, va lui inspirer une forme litt√©raire nouvelle qui constitue, selon Simon Leys, sa contribution styliste la plus originale : la transmutation du journalisme en art, la recr√©ation du r√©el sous le d√©guisement d'un reportage objectif minutieusement attach√© aux faits.

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Il semblerait que ce soit à la demande de son éditeur, que George Orwell ait passé quelques semaines dans le bassin minier de Wigan. Ce sera, pour l'écrivain, mais aussi pour l'homme qu'est George Orwell, une véritable révélation. En effet, l'expérience humaine qu'il y vit est très intense et très riche. S'il ne prend pas, à proprement parler, la place d'un mineur anglais, il découvre, et nous fait découvrir son quotidien. Toute cette mécanique complexe sur laquelle repose la société postindustrielle britannique. L'ensemble de la filière d'extraction de charbon, ne reçoit pas, d'après l'écrivain, les honneurs et le respect qu'elle mérite. Orwell dévoile l'enfer d'une journée de travail d'un mineur, qui peut durer jusqu'à sept heures et demie en travail effectif, auxquelles il faut ajouter une à trois heures de trajet dans les galeries. Les conditions d'hygiène, celles du logement et de la vie familiale, les salaires, la sécurité, les indemnités d'invalidité... Orwell dresse les différents tableaux représentatifs de la population ouvrière britannique de l'époque. Sa démarche est scientifique; pour appuyer ses propos, il s'aide de statistiques qu'il donne à lire aux lecteurs comme preuve de la bonne foi de sa démarche. Ce souci d'honnêteté est récurrent chez Orwell.

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¬†¬† Exp√©rience apr√®s exp√©rience, de petit boulot en petit boulot, Orwell d√©veloppe ses id√©es, sa conception du monde et de la vie sous l'empire britannique. De 1928, ann√©e de son retour de Birmanie √† 1936, ann√©e de son engagement au POUM, Orwell connait une p√©riode sombre. Il survit gr√Ęce √† des emplois pr√©caires (trimardeur, plongeur...). C'est √† cette p√©riode qu'il r√©dige "Et vive l'aspidistra!", inspir√© pour cela notamment par quelques mois au service d'une librairie. Le personnage principal de ce roman, Gordon Comstock, est issu d'une famille qui n'est ni pauvre, ni prestigieuse, comme beaucoup de famille anglaise de la basse bourgeoisie, la famille Comstock a connu du temps du grand-p√®re, son heure de gloire. Mais par de mauvais choix de carri√®re successifs, la famille de Gordon a peu √† peu sombr√©. Peut-√™tre,


 

Gordon saura-t-il restaurer cette gloire fan√©e, du moins c'est ce qu'esp√®rent sa m√®re et sa soeur. Car c'est bien de fenaison qu'il s'agit, √† l'image de l'aspidistra, cette plante commune d'appartement, qui malgr√© une pi√®tre sant√©, et un mauvais traitement r√©siste aux d√©sagr√©ments de la vie. D√®s le plus jeune √Ęge, Gordon a nourrit l'espoir de ses parents, il obtiendra un "bon emploi", tel √©tait l'objectif de ceux-ci. C'√©tait sans compter, l'accueil qui est fait √† un bas-bourgeois dans une √©cole de renom.

Tr√®s vite Gordon se retrouve en marge, sa relative pauvret√© face √† ses camarades, les regards m√©prisants l'incitent √† faire des choix oppos√©s √† ce qu'il √©tait attendu de lui. A la fin de ses √©tudes, afin d'aider financi√®rement sa m√®re, il obtient un "bon emploi, comme il faut". Mais apr√®s quelques ann√©es, il finit par d√©missionner afin de se consacrer √† sa passion, l'√©criture. L√† commence une longue chute dans les ab√ģmes de la pauvret√©, il obtient un emploi dans une librairie, qui lui permet de vivre avec les livres, de suivre les auteurs et de travailler sur ses propres √©crits. Du moins, c'est ce qu'il pensait. Rapidement, il est confront√© √† la mis√®re, ses po√®mes ne sont que tr√®s rarement publi√©s, ses finances tombent au plus bas. Il n'est bient√īt plus capable d'√©crire, manque d'inspiration, lassitude face √† sa condition.

Cette mis√®re s'immisce peu √† peu dans sa vie, dans ses relations, dans sa vision du monde. Car Gordon fait parti de ces personnes ayant re√ßu un enseignement et se retrouvant malgr√© tout √† la rue. Cette r√©alit√© semble bien noire, en effet, l'√©cole fait miroiter de multiples perspectives √† tout √©tudiant, elle montre un aspect confortable de la vie, plein de promesses, de grandes perspectives. Par l√† m√™me, la descente aux enfers du personnage cr√©e par Orwell semble bien plus sinistre : Gordon Comstock est un √™tre qui a c√ītoy√©, fr√īl√© des ses mains l'univers aristocratique, ce monde o√Ļ l'argent ne manque pas, ce monde dans lequel se d√©veloppe l'intelligentsia. Cette proximit√© perdue lui rappelle ainsi au quotidien ce qu'il aurait pu √™tre, ce qu'il n'a pas voulu √™tre mais √©galement ce qu'il lui est d√©sormais interdit d'√™tre.

Voilà pourquoi Gordon Comstock refuse les idées socialistes que lui propose son ami Ravelston, directeur d'une revue qui publie certains de ses poèmes. Ravelston qui défend les idées socialistes, n'en est pas moins un aristocrate enraciné. Pour Gordon, quiconque touche un salaire supérieur à cinq cents livres par an est un ennemi, un produit du capitalisme. Comment ainsi adhérer aux idées de personnes ne vivant pas en conformité avec ces idées? Cette contradiction nourrit le cynisme de Gordon envers tout ce qui attrait à l'argent. Cette vision n'est pas cependant totalement conforme à celle d'Orwell, en effet, le personnage de Gordon dans certains passages du récit ne se borne pas à cette simple constatation, et à travers quelques lignes se dessinent plus nettement la pensée d'Orwell.

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Le pouvoir de l'argent, voil√† ce que d√©nonce Orwell. "Ce n'√©tait pas simplement le manque d'argent. C'√©tait plut√īt que, n'ayant pas d'argent, il n‚Äôen vivait pas moins constamment par l'esprit dans le monde de l'argent, le monde dans lequel l'argent est vertu, et la pauvret√©, crime. Ce n'√©tait pas la pauvret√©, mais la d√©ch√©ance de la pauvret√© respectable qui √©tait en cause." Tel est le message d'Orwell, il ne condamne pas l'argent, ni sp√©cialement ce qui en ont, mais le pouvoir de l'argent sur les mentalit√©s, l'image de l'argent et tout particuli√®rement du manque d'argent. Ce dont souffre Gordon Comstock n'est pas directement d√Ľ au manque d'argent, le fait est que ce manque met en marge, qu'il isole, qu'il enferme dans la solitude des personnes d√©j√† d√©munis de leurs biens.
Ainsi, Gordon Comstock s'engouffre lentement dans les abysses, il perd son emploi √† la librairie, se retrouve quelque temps aux crochets de son amis Ravelston puis accepte un emploi dans une librairie miteuse, s'isole dans un appartement minable. E.A.Poe √©crivait dans une nouvelle intitul√©e les d√©mons de la perversit√© : "il n'y a pas dans la nature de passion plus diaboliquement impatiente que celle d'un homme qui, frissonnant sur l'ar√™te d'un pr√©cipice, r√™ve de s'y jeter.." L'homme dissimule en lui de vives passions autodestructrices plus ou moins refoul√©es. Cet instinct n'est pas propre √† l'artiste, mais c'est chez celui-ci que son emprise est la plus virulente, cet attrait de l'ab√ģme, cette volont√© de se fondre, de se rendre presque invisible, Gordon le vit litt√©ralement par l'isolement et dans la conviction d'√™tre en accord avec ses id√©es. Sous couvert du d√©go√Ľt de l'argent, Gordon se retire inexorablement dans l'anachor√©tisme, triste solitude au relent de mort.


Une fois encore Orwell attaque cette pens√©e unique, refuse de cloisonner dans l'oubli un √™tre qui a os√© prendre des d√©cisions, qui a os√© prendre le risque de livrer ses id√©es au travers de sa passion d'√©crire. L'homme n'est pas un produit, l'homme se produit, rien ne le pr√©destine √† une t√Ęche si ce n'est sa l√Ęchet√© √† ne pas prendre de d√©cision, et son attentisme face aux √©v√©nements qui l'assaillent quotidiennement. C'est le courage qui fait les hommes, ce sont leurs d√©cisions qui font d'eux ce qu'ils sont. Mais Gordon va bient√īt devoir faire face √† un impr√©vu, Rosemary, "sa ch√®re amie", lui apprend qu'elle attend un enfant de lui, Gordon se retrouve de nouveau confront√© √† ses d√©mons.

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Pour résumer ce roman, j'utiliserai deux citations de l'auteur, qui, il me semble, synthétisent parfaitement ce qu'Orwell a voulu faire passer :
"Quant à moi, si je décris la faune du quartier, ce n'est pas pour présenter des phénomènes de foire mais parce que tous ces gens font partie de mon histoire."
"Voilà le monde qui vous attend si vous vous retrouvez un jour sans le sou".

Après avoir abandonné ses études, George Orwell s'engage dans la police impériale Birmane, prétexte pour retrouver sa grand-mère, qui n'avait pas quitté le pays. Ainsi, entre 1922 et 1927, George Orwell sert dans la police. De cette expérience il en sortira ce roman. Il décrit l'occupation coloniale britannique : des hommes désintéressés du sort de la Birmanie, dont le quotidien se résume à se saouler dans des bars réservés, à débattre autour d'une table de la nécessité de leur présence en ces lieux, cela dans la crainte perpétuelle d'une attaque rebelle. Rapport de cinq années de relations insipides, Orwell ne gardera pas un bon souvenir de cette période d'ennui profond.

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‚Äʬ†Tableau du d√©clin de l'empire britannique, ce roman d√©nonce les m√©faits de la pr√©sence coloniale en Birmanie. La mainmise de l'empire britannique sur l'√©conomie du pays scandalise vivement Orwell. L'auteur montre comment cette "entente" entre l'empire et ses colonies ne fait le bonheur que de quelques privil√©gi√©s. A travers le personnage de U Po Kyin, Orwell d√©nonce les profits faits par les autorit√©s britanniques et birmanes, sur la population colonis√©e. Manigances, manipulations, corruptions, complots politiques; l'ensemble des perfidies humaines est d√©ball√©, face √† des Birmans d√©sarm√©s et impuissants qui luttent difficilement pour survivre, vainement pour s'affirmer. Les femmes birmanes se prostituent dans des bars r√©serv√©s aux Britanniques, des groupes de rebelles √† la colonisation s'organisent